La forme du nom BIRLINGER évoque une origine : les BIRLINGER viennent de Birlingen. Encore faut-il trouver non seulement un lieu identique, mais également une raison au déplacement et de ce fait à la création du nom. Pour les BIRLINGER nous avons de la chance. En effet, beaucoup de personnes connaissent encore l'ancien pèlerinage de Notre Dame de Birlingen, situé entre Cernay et Steinbach. L.G. WERNER dans ses études sur les villages disparus de la Haute Alsace, et plus récemment Denis INGOLD dans son excellent "Steinbach-Cernay, histoire d'un vignoble" nous donnent des précisions quant à cet ancien habitat.
L'abbaye de Lucelle possédait une cour ou grange à Steinbach dans laquelle elle faisait entreposer le vin et les céréales lui revenant. Citée dès 1187, cette propriété est nommée, en 1296, cour de Burlingen. Ce domaine était géré par un responsable appelé le grand-cellerier ("Grosskeller"). Nous trouvons la même situation à Lutterbach que Lucelle acheta en 1304. Quoi de plus normal pour un employeur, déjà à l'époque, d'utiliser au mieux de ses intérêts son personnel ! Et on peut sans peine imaginer ainsi qu'un employé du domaine de Birlingen, muté au domaine de Lutterbach, se fit surnommé "BIRLINGER" par les autres habitants.
Ce surnom devint ensuite héréditaire en passant à la descendance. Mais revenons à Cernay où l'abbaye de Lucelle possédait également une cour franche, dont l'imposant bâtiment du XVIè siècle abritait le receveur de l'abbaye. C'est à cette époque qu'on érigea en prieuré la propriété de Birlingen que fut construite la chapelle.
Lors de la vente des biens nationaux en 1791, l'enclos de Birlingen se composait de la chapelle avec une maison et deux petits jardins d'une valeur de trois cents livres (Marc DROUOT : Les premières ventes de biens de l'église à Cernay-Steinbach en 1791) Démolie en 1803 la chapelle fut remplacée par un oratoire. En 1894 on rebâti une chapelle, qui fut à nouveau détruite durant la première guerre et reconstruite en 1932 (le Haut-Rhin, dictionnaire des Communes).
Les BIRLINGER apparaissent à Lutterbach dès le début du XVIIè siècle. Nous pouvons mesurer leur forte implantation grâce au relevé des mariages d'ancien régime réalisé par André KIENER. Ainsi, entre 1606 et 1792, furent célébrés à Lutterbach pas moins d'une quarantaine de mariages où l'un des conjoints était un BIRLINGER. Et nous pouvons ajouter que cette représentativité était tout aussi bonne après la Révolution, avec une trentaine de mariages BIRLINGER entre 1793 et 1850.
Malgré le peu d'information contenu dans les actes paroissiaux il est néanmoins possible de "remonter" les lignées familiales. Prenons pour exemple celle de Jean BIRLINGER, né à Lutterbach en 1811 d'une famille de laboureurs et époux de Catherine SCHEIDECKER. Sa pierre tombale, il est mort en 1880, ainsi que celle de ses parents nous donnent déjà une information permettant de franchir le cas de la Révolution.
Christophe BIRLINGER et son épouse Catherine BURGARD, décédés respectivement en 1819 et 1816 et parents de Jean, s'étaient unis à Lutterbach en 1806. Né en 1777, Christophe était fils de Jean Thiébaut BIRLINGER et d'Anne Marie SELET. Le mariage de ces deux conjoints fut célébré, comme le voulait la coutume, dans la paroisse d'origine de la future épouse, en l'occurence Luemschwiller. Baptisé en 1724 Jean-Thiébaut avait comme parents Joseph BIRLINGER et Anne Marie GLOCK. Et ainsi de suite .... Joseph WURTZ, dans sa monographie consacré à Lutterbach et publiée en 1913, publia un intéressant document daté de 1815.
Il s'agit d'un état donnant le détail des effets dérobés le 28 juin 1815 par des troupes bâdoises. Parmi les victimes de ce pillage on relève sept BIRLINGER, qui avaient perdus dans l'affaire du mobilier, de l'argent, du vin et du lard, des moutons ainsi que deux chevaux. Le registre paroissial quant à lui contient une note concernant plus spécialement les BIRLINGER et datée probablement de la fin du XVIIè siècle.
Elle mentionne, en allemand, la donation faite par Thiébaut BIRLINGER à la fabrique de l'église Saint Martin de Lutterbach, d'une somme de trente livres (monnaie de Bâle). Ce capital, placé, devait rapporter un intérêt annuel permettant de financer une messe anniversaire perpétuelle. Cette messe, à lire le 1er décembre, devait contribuer au salut non seulement du donateur mais aussi de ses trois épouses successives : Salomé GOEHLER, Barbe SCHWEBLIN et Anne BURCKART. De Lutterbach une branche essaima à Raedersheim. Ce fut celle du "chef-cantonnier au chemin de fer"Joseph BIRLINGER, le fils de Morand, qui du fait de sa profession habitait Raedersheim. Il y épousa, en 1843, Thérèse VOGT et sera l'ancêtre des BIRLINGER d'Issenheim.
Dès 1659 Michel BIRLINGER, laboureur de profession, et ses deux enfants vivaient à Wittelsheim. Il avait épousé en novembre 1653 à Cernay une Suissesse de Soleure : Madeleine BORER. Cernay avait vu quelques années auparavant l'union de Valentin SOLDNER et de la veuve de Nicolas BÜRLINGER de Wittelsheim, veuve prénommée Odile. Les registres de Wittelsheim de cette période ont malheureusement été detruits durant la dernière guerre.
Dans son étude sur l'histoire de Wittelsheim, feu Charles SAUTTER cite de nombreuses fois la famille BIRLINGER. Mentionnons Frédéric BIRLINGER qui fut en 1692 soldat au service du Roi de France. Citons également Joseph BIRLINGER, le maître d'école de la période révolutionnaire qui sera également agent communal et dont le fils succédera en 1802. Comme pour les BIRLINGER de Lutterbach, l'implantation de cette famille à Wittelsheim a sans doute été facilitée par le fait que Lucelle était propriétaire du lieu, et ce depuis le tout début du XIVè siècle.
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